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Changüi
Guantánamo est surtout célèbre pour la base navale américaine située à 15 km de la ville, gardée de part et d'autre comme une forteresse et entourée d'une vaste zone minée par les cubains. Installée en 1902, elle a assuré la prospérité de la ville qui grouillait dans les années 40 et 50 de lieux de plaisir où les marins venaient claquer leurs dollars. La rupture des relations avec les Etats Unis en 1961 a mis fin à la manne et Guantánamo n'offre plus au visiteur que sa nonchalance provinciale pleine de charme.
 
Plus de 1000 km la séparent de La Havane et cet isolement a sans doute contribué à préserver une tradition musicale unique : le changüí, une musique née dans la seconde moitié du XIX siècle et qui a fortement marqué la naissance du son. L'ancêtre de la salsa lui devrait la guitare "tres" son instrument emblématique, et l'alternance du refrain chanté par le choeur et des improvisations du chanteur.
 
Caisse et râpe. Né dans les communautés rurales et les palenques (villages d'esclaves marrons), le changüí, selon le musicologue cubaine Danilo Orozco, a des origines bantoues (ethnie africaine). Ses instruments sont les mêmes qu'au début du siècle : les maracas, la marímbula (une caisse de bois munie de lames de métal qu'on fait vibrer et qui fait office de basse), le guayo (une râpe à légumes en métal frottée avec une baguette), le bongó primitif, dépourvu de clés et dont les peaux sont accordées à la chaleur d'une flamme. Et bien sûr le tres, petite guitare à trois cordes doubles.
 
Le changüí et la musique des fêtes paysannes, auxquelles il est aussi indispensable que le cochon à rôtir et le rhum. En 1945, le musicologue Rafael Inciarte est à l'origine du premier groupe stable qui, en 1962, après le changement de régime, devient professionnel et salarié.. C'est ce groupe, l'actuel Grupo Changüí de Guantánamo qui a entamé avec succès, au Festival d'Angoulême 1999, sa première tournée européenne.
 
Changüi
Grupo Changüí de Guantánamo

 
"Le groupe à été créé en 1945 par un joueur de tres légendaire, Chito Latamblet" explique Andrés Fisto, surnommé Tavera (presque tous les changüíseros ont un surnom), joueur de bongó et actuel directeur. "Avant, il n'y avait aucun ensemble stable, les groupes se formaient au hasard des fêtes, même si on retrouvait souvent les mêmes musiciens, ceux qui étaient réputés les meilleurs à chaque instrument. On disait à un tresero, passe ce soir à la maison, on fait une cumbancha (fête). Le voisinage accourait, il y avait toujours quelqu'un pour prendre les bongos, le guayo, et c'était parti. La nouba se prolongeait tant qu'il y avait du rhum à boire et que les chanteurs étaient inspirés. Ca pouvait durer plusieurs jours." Plus fort que les raves...
 
A l'arrivée de la Révolution, le groupe est passé professionnel, avec pour mission de conserver ce pan du patrimoine culturel de la région. Aujourd'hui, les membres du groupe (six musiciens et un couple de danseurs) ont entre 56 et 78 ans. Et la formation reste immuable : un tres, des maracas, bongo, guayo, marímbula et un chanteur improvisateur.
 
"Si on change la formule, ce n'est plus du changüí, affirme Nino, le doyen. Si on met une conga ou une trompette, ca devient du son".
 
Selon le musicologue Danilo Orozco, le changüí apparaît vers 1860 et joue un rôle essentiel dans l'apparition du son à Santiago de Cuba. La tradition orale rapporte qu'un certain Nené Manfugás, venu de Guantánamo, apporta à Santiago dans les dernières années du XIX siècle une méchante guitare, taillée dans le bois épais d'une caisse de morue et tendue de trois paires de cordes en boyau d'agouti. Il fréquenta quelques années le milieu bohème des trovadores et disparu comme il était venu, sans laisser d'autre trace que cet instrument devenu l'emblème du son. Les premières formations de son étaient identiques à l'actuel Grupo Changüí, avant que la marímbula ne cède la place à la contrebasse et que le bongó à clés ne remplace le bongó dit "créole" aux peaux clouées et qui s'accorde à la chaleur, à l'aide d'une flamme.
 

 
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