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OMara Portuondo
Omara Portuondo ne sait pourquoi ses parents l'ont baptisée Omara. A l'école, elle était la seule à porter ce prénom. Mais ses parents ne faisaient rien comme tout le monde. A commencer par leur mariage: il était noir, elle était blanche, et dans les années 20, les unions inter-raciales étaient très mal vues.
 
Lui était un grand gaillard de Santiago de Cuba, excellent pelotero (joueur de base ball) qui eût l'honneur de porter le maillot de l'équipe nationale, le Team Cuba. Elle était fille d'une riche famille espagnole, qui la déshérita pour avoir épousé un homme de couleur. Ils eurent trois enfants. Trois filles. Dans leur maison du centre de La Havane, au 708 de la rue Salud, entre les rues Castillejo et Aramburu, la mère chantait en faisant la vaisselle et le père harmonisait avec elle sur "La Bayamesa" de Sindo Garay ou sur les chansons des frères Grenet.
 
Ce furent les premières leçons de chant d'Omara. A l'âge de quinze, par hasard, elle remplace une danseuse défaillante dans le corps de ballet du célèbre cabaret Tropicana, où danse sa soeur Haydee. Elle qui était timide au point de refuser de montrer ses jambes devient une danseuse renommée, et le couple artistique qu'elle forme avec le danseur Rolando Espinosa se hisse rapidement au niveau des meilleurs de Cuba.
 
Le dimanche, Omara et Haydee cultivent leur jardin secret: le chant. Elles adorent les chansons américaines d'Ella Fitzgerald et de Sarah Vaughn, qu'elles interprètent avec quelques amis fous de jazz: le pianiste Frank Emilio Flynn, César Portillo de la Luz, José Antonio Méndez Ce petit groupe d'amateurs invente même un style: le feeling (qu'on écrira plus tard «filin», à l'espagnole), une sorte de bossa nova à la cubaine.
 
Un jour, un locuteur de Radio Mil Diez, la seule station qui ouvre son antenne à ces jeunes enthousiastes, lance en présentant les musiciens: "Et maintenant, Miss Omara Brown, la fiancée du filin". Le pseudonyme anglo-saxon sera vite oublié, mais pas le surnom. Pour les Cubains, Omara Portuondo demeure encore aujourd'hui "la novia del filin".
 
OMara Portuondo

 
Progressivement, le chant prend une place de plus importante dans la vie des soeurs Portuondo. Elles font partie de plusieurs groupes vocaux, très à la mode dans les années 50. Avec deux autres amies, Elena Burke et Moraima Secada, elles créent en 1952 un quatuor que dirige la pianiste Aida Diestro. Le Cuarteto Las D'Aida, dès son apparition, provoque la stupeur: leur travail vocal est superbement sophistiqué, leur swing dévastateur, il se dégage de leurs prestations une incroyable sensation de fantaisie et de liberté.
 
L'unique album enregistré par la formation originale, pour le label RCA Victor en 1957, témoigne encore aujourd'hui de leur prodigieux sens du rythme. Las D'Aida accompagnent de leurs chansons la période qui voit Cuba basculer vers un régime socialiste.
 
Au début des années 60, Moraima Secada et Elena Burke quittent le groupe pour tenter une carrières en solo, Haydee Portuondo s'exile aux Etats-Unis et abandonne la musique. Omara, de son côté, attend 1967 pour voler de ses propres ailes, après une première tentative avortée: en 1959, l'album "Magia Negra", enregistré pour le label cubain Velvet, était passé inaperçu.
 
Elle représente Cuba au festival de Sopot en Pologne, une version socialiste du concours de l'Eurovision, et enregistre l'album "Esta es Omara Portuondo", sous la direction musicale de Juanito Marquez, qui, signera, trente ans plus tard, les somptueux arrangements de l'album "traditionnel" de Gloria Estefan "Mi Tierra".
 
En véritable ambassadrice de la musique cubaine, Omara voyage dans le monde entier: au Japon, en Bulgarie, au Pérou, en Finlande, en France, au Chili, en Italie, au Mexique...
 
Elle est à l'aise dans tous les genres musicaux: le son, le filin, le boléro, la chanson lyrique, le jazz... Son succès ne se dément pas. Juan Formell (de Los Van Van) lui offre une de ses plus belles chansons, "Y Tal Vez", et Adalberto Alvarez l'accompagne sur tout un album consacré au répertoire du son traditionnel, en 1184.
 
Après deux albums pour le label espagnol Nubenegra, elle est la seule femme invitée aux sessions de Buena Vista Social Club en 1996, où elle interprète un bouleversant "Veinte Años" en duo avec Compay Segundo. Et un vaste public international découvre cette voix qui accompagne la vie des Cubains depuis près de cinquante ans.
 
Pour ses compatriotes, elle n'a rien d'une diva inaccessible. Elle est Omara, une amie proche que l'on salue dans la rue, en toute simplicité. Presque un membre de la famille. Aujourd'hui, elle n'est plus seule à porter ce prénom: il naît chaque année à Cuba des dizaines de petites Omara. De toutes les couleurs.

François-Xavier Gomez


 
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