Guitarra Flamenca | España
Nino Josele

Niño Josele

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Paz est le troisième album solo de Niño Josele après Calle Ancha (1995) et Niño Josele (2003). Niño a également collaboré avec Enrique Morente, Diego El Cigala, Bebo Valdés et Andrés Calamaro. Il joue également depuis deux ans au côté de Paco de Lucia .
Le piano du légendaire Bill Evans (1929-1980) a inspiré la guitare de Niño Josele, ouvrant avec brio une nouvelle voie encore inexplorée, où rien d’autre n’existe que la musique, purement et simplement.

“Paz est une lettre d’amour de Niño Josele adressée à Bill Evans et à tous ceux qui font de la musique sans autre ambition que de nous émouvoir par sa beauté”, écrit Fernando Trueba à propos du nouvel album de Niño Josele, dans lequel ce dernier reprend à la guitare certains titres du répertoire de Bill Evans au piano. Un album d’une rare beauté qui conjugue deux sensibilités, issues de deux familles musicales et de deux univers différents.

“Le simple fait que Niño Josele soit la seule personne à construire un véritable monument rendant hommage au courage et à la sensibilité est une réussite en soi. Si en plus les résultats sont à la hauteur, comme c’est le cas, cela devient véritablement quelque chose d’exceptionnel”, s’exclame Miquel Jurado à propos de Paz dans El País (Babelia, 24/06/2006). Une opinion d’ailleurs partagée par l’ensemble de la critique ibérique. Dans le langage de la guitare, il y aura un avant et un après Paz car, poursuit Miquel Jurado : “il suffit de l’écouter pour être emporté par un son qui est ni jazz, ni flamenco, ni rien qui y ressemble, tout en étant pourtant les deux à la fois ”.

Fernando se souvient que la première fois où Niño Josele a entendu le jeu de Bill Evans au piano, il s’est exclamé : “Quelle est cette belle musique ?”. Dès lors, le guitariste s’est immergé dans la musique d’Evans. Après avoir l’avoir beaucoup écoutés et au terme d’une longue période d’apprentissage, il s’est approprié cette musique et a en même temps “réinventé la guitare flamenco ” comme l’écrit J.M. Martínez dans El País.

Niño Josele est né dans la province d’Almería en 1974. Bill Evans, quant à lui, était né en 1929 dans le New Jersey aux Etats-Unis. Le premier descend d’une longue lignée de guitaristes flamenco, tandis que le second s’est mis au piano à l’âge de six ans, encouragé par sa mère. Tous deux ont baigné dans la musique très tôt. Des cultures certes différentes, mais des sensibilités similaires avec le même souci de trouver la note parfaite, la meilleure harmonie. Le titre Paz (qui signifie paix en espagnol) reflète parfaitement cette fraternité qui existe entre Bill Evans et Niño Josele, comme le prouve cet album, produit par Fernando Trueba et Javier Limón. Il est le fruit d’une longue genèse et d’un profond engagement du guitariste espagnol envers l’un des plus grands pianistes de jazz de tous les temps.

L’album s’ouvre sur Peace Piece, un morceau que Niño interprète tout seul à la guitare. La sérénité et la musicalité qui se dégage de cette composition de Bill Evans, qu’il avait enregistrée en 1959, constituent un prélude idéal à l’ensemble de l’album qui établit une profonde connexion entre flamenco et jazz. Vient ensuite Waltz For Debby, un morceau phare du répertoire de Bill Evans, “on pourrait presque dire que c’est son image de marque”, déclare Trueba. Niño Josele est ici accompagné à la contrebasse de Marc Johnson, qui était l’un des membres du trio de Bill Evans à la fin de sa carrière, et de Horacio ‘El Negro’ Hernández à la batterie. Il s’agit bien de jazz par définition, mais le jeu de guitare, résolument flamenco, confère une certaine modernité à ce morceau qu’Evans avait composé en 1954.

Dans The Peacocks, une composition de Jimmy Rowles (1918-1996), qui a été le pianiste de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Carmen McRae et Peggy Lee, on peut apprécier le saxophone ténor de Joe Lovano. Ce dernier, dont la superbe interprétation souligne l’intensité de cette ballade, a d’ailleurs joué dans les années 80 avec Paul Motian, l’un des batteurs préférés de Bill Evans. La voix de Freddy Cole, frère de Nat King Cole et jazzman respecté, résonne dans I Do It For Your Love, un morceau enregistré par Paul Simon en 1975. Joué une première fois par Bill Evans trois ans après, il retrouve ici un second souffle, grâce à la guitare de Niño Josele et l’excellent travail de Marc Johnson à la contrebasse.

My Foolish Heart est un standard de jazz écrit par Victor Young et Ned Washington. Il s’agissait du thème du film éponyme (traduit par Tête Folle sur les affiches françaises) qui a fait partie des nominations aux Oscars dans la catégorie ‘Meilleure Chanson’ en 1949. C’était l’un des titres préférés de Bill Evans, il a figuré dans sa set-list de 1961 jusqu’à ses tout derniers concerts. La trompette de Tom Harrell, qui a joué pendant quelques mois avec Evans peu de temps avant la disparition de ce dernier en septembre 1980, illustre bien la délicatesse de ce morceau et permet de comprendre pourquoi il a déclaré : “C’est magique, comme dans un film” à la fin de l’enregistrement. The Dolphin, une composition du brésilien Luiz Eça que Bill Evans a repris dans les années 60, est ici majestueusement interprétée par Niño Josele, fusionnant jazz et flamenco, et agrémentée d’une petite Granaína.

Hullo Bolinas, qui a été composé par le contrebassiste Steve Swallow et enregistré par Evans en 1973, est revisité par Niño Josele et Marc Johnson en duo, s’imposant comme l’un des morceaux les plus émouvants de Paz. La voix d’Estrella Morente vient illuminer Minha, un titre de Francis Hime et Ruy Guerra, interprété ici en solo à la guitare par Niño Josele qui semble jouer avec musique brésilienne, flamenco et Fado portugais. La trompette de Jerry González et la contrebasse de Javier Colina accompagnent Niño Josele sur Never Let Me Go, un titre de Bill Evans enregistré en 1969, tandis que sur Turn Out The Stars, le guitariste se lance dans une Bulería sur une composition d’Evans qui devient ainsi le titre le plus flamenco de Paz. L’album s’achève sur When I Fall In Love, un standard qui, parallèlement à Evans, a été interprété par une myriade d’artistes comme Chet Baker, Tony Bennett, Nat King Cole, Sam Cooke, Miles Davis, Celine Dion, Stan Getz, Tom Jones, Marilyn Monroe... Niño Josele est de nouveau seul avec sa guitare pour l’épilogue de ce délicieux et magnifique album d’une élégance rare.